I-Entrer dans l’hôpital psychiatrique
Pénétrer dans l’institution
L’hôpital psychiatrique prend en charge les personnes dont la société estime qu’elles ne peuvent pas, ou plus, vivre parmi elle. Pour cela l’institution s’est doté d’un espace, d’une organisation, d’une architecture. Ce que l’on voit en entrant dans un tel établissement n’est jamais neutre; chaque bâtiment, chaque couloir, chaque objet témoigne d’une façon de penser le soin psychiatrique.
L’hôpital psychiatrique n’est pas qu’un simple lieu de soin. Il est aussi le reflet des conceptions médicales, sociales et morales de son époque. Ce qui était considéré comme un traitement adapté au XIXe siècle; l’isolement, la contention; a progressivement été remis en question. L’espace de l’institution a évolué avec ces représentations, tantôt lieu d’enfermement, tantôt lieu de vie, tantôt lieu de soin.
Ces dernières décennies, avec les mouvements de réforme psychiatrique et la désinstitutionnalisation, les hôpitaux ont profondément changé. Les cellules ont disparu, les portes se sont ouvertes, les patients ont gagné en autonomie. L’architecture elle-même s’est transformée pour accompagner ces nouvelles conceptions du soin. Les objets que vous allez découvrir dans cette exposition sont les témoins matériels de cette longue évolution.

Photographie de l’ancien hôpital psychiatrique de Mayenne.

Photographie du pigeonnier de l’hôpital psychiatrique de Mayenne.
La vie à l’hôpital psychiatrique
De la fin du XIXe siècle au milieu du XXe siècle, l’hôpital psychiatrique n’était pas seulement un lieu de soin. Les patients y vivaient, y travaillaient, sans jamais quitter l’enceinte de l’établissement. L’hôpital fonctionnait en autarcie. Il produisait sa propre nourriture, entretenait ses propres terres, élevait ses propres animaux. Le pigeonnier en est l’un des témoins les plus discrets et les plus éloquents.
Cette autosuffisance n’était pas qu’une nécessité économique. Elle participait d’une conception thérapeutique. Le travail agricole et artisanal était considéré comme bénéfique pour les malades. Les patients participaient aux activités, du jardinage, l’élevage, la cuisine, le tout dans le cadre de l’ergothérapie ou le travail thérapeutique. L’institution justifiait ainsi une organisation du quotidien très encadrée, où le temps, l’espace et le corps des patients étaient entièrement régis par le règlement intérieur.
Ce mode de vie, radicalement séparé du monde extérieur, a été profondément remis en question, notamment après les année 1970. Les réformateurs de la psychiatrie ont dénoncé l’enfermement comme facteur aggravant de la maladie mentale. Peu à peu, les domaines agricoles ont été abandonnés, les murs symboliquement abaissés, et la vie à l’hôpital s’est rapprochée, autant que possible, de la vie ordinaire.
L’organisation de l’hôpital
Une plaque vissée sur une porte peut sembler anodine. Dans un hôpital psychiatrique, elle dit pourtant beaucoup. Elle identifie un service, lui donne un nom, lui attribue un responsable. Elle matérialise une hiérarchie, une division du travail, une façon d’organiser les patients selon des critères médicaux, administratifs ou parfois simplement pratiques. Derrière chaque plaque, il y a un espace, des règles, des personnes.
L’hôpital psychiatrique a longtemps été organisé en services distincts, chacun placé sous l’autorité d’un médecin-chef. Nommer un service, c’était aussi classer les patients qui s’y trouvaient et, par là même, définir ce qu’on attendait d’eux et du soin qu’on leur prodiguait.
Avec les réformes psychiatriques du XXe siècle, cette organisation rigide a progressivement évolué. La sectorisation, instaurée en France à partir des années 1970, a redistribué les patients non plus selon leur pathologie mais selon leur lieu de résidence, ancrant l’hôpital dans son territoire. Les noms sur les plaques ont changé, les découpages se sont transformés. Mais l’objet lui-même est resté discret, permanent, fixé au mur comme un rappel que l’institution, elle, ne disparaît pas.

Plaque du service de Kinési-physiothérapie de l’hôpital psychiatrique de Mayenne.
























































































































































































































































































































































































































