II-Observer, mesurer et diagnostiquer : rendre la maladie visible


Photographies d’électroencéphalographe, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
L’électroencéphalographe
Observer et diagnostiquer un patient psychiatrique suppose de trouver des signes objectifs là où la maladie reste invisible à l’œil nu. L’électroencéphalographe répond à cette ambition en rendant lisible l’activité électrique du cerveau. Posées sur le cuir chevelu, des électrodes captent les variations infimes du signal neuronal et les transcrivent sous forme de courbes, c’est l’électroencéphalogramme. Pour la première fois, le médecin peut voir l’activité électrique du cerveau de son patient sans l’ouvrir.
L’électroencéphalographie est liée à la psychiatrie comme technique d’exploration dans les hôpitaux psychiatriques. Son usage principal, distinguer ce qui relève d’une atteinte neurologique de ce qui relève d’un trouble purement mental. L’épilepsie, notamment, peut produire des manifestations d’apparence psychiatrique, agitation, confusion, comportements désorganisés, que seul l’électroencéphalographe permet de rattacher à leur cause organique.
L’enthousiasme initial pour cet instrument a toutefois été tempéré par les résultats cliniques. S’il révèle des anomalies chez une part significative des patients psychiatriques, ces anomalies confirment le plus souvent ce que l’examen clinique avait déjà permis de suspecter. L’appareil reste néanmoins un témoin important d’une époque.
Mesurer le souffle
Observer un patient psychiatrique, c’est aussi observer son corps dans sa globalité.
Le spiromètre volumétrique portable mesure la capacité respiratoire. Le patient souffle dans l’embout de l’appareil, et le volume d’air expiré est enregistré. Ce geste simple s’inscrit dans une logique diagnostique qui dépasse la seule maladie mentale. Il s’agit d’évaluer l’état physique général d’un individu dont la santé corporelle conditionne directement la capacité à recevoir des soins.
Le spiromètre illustre ainsi une dimension souvent oubliée de la psychiatrie asilaire, la prise en charge du corps du patient, au-delà de son seul esprit. Il témoigne d’une médecine qui cherchait à lire les signes d’un état général susceptible d’expliquer ou d’aggraver les troubles mentaux.

Photographie d’un spiromètre volumétrique portable, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.

Photographie d’un Vigorimètre, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
Mesurer la force, évaluer la progression
Observer un patient, c’est aussi suivre son évolution dans le temps. Le vigorimètre mesure la force exercée par la main lors d’une prise en main de l’appareil. Simple d’utilisation, il fournit une donnée objective. À chaque séance, le soignant peut comparer les résultats, tracer une courbe, évaluer si l’état du patient s’améliore, se stabilise ou se dégrade. Diagnostiquer ne se limite pas à identifier une pathologie, c’est aussi mesurer ce que le corps est capable de faire.
Cet instrument est étroitement lié à la kinésithérapie et à la physiothérapie, disciplines qui se sont progressivement imposées dans les hôpitaux psychiatriques au cours du XXe siècle. La rééducation physique y était considérée comme un outil thérapeutique à part entière. Restaurer la force musculaire, améliorer la coordination, réhabituer le corps au mouvement contribuait à stabiliser l’état mental du patient.
























































































































































































































































































































































































































