III-Soigner : les traitements en psychiatrie
Le sistonothère ou appareil d’électrothérapie
Soigner par l’électricité, telle est l’ambition du sistonothère. Cet appareil de convulsivothérapie, mis au point en 1940 à l’hôpital de Ville-Évrard par l’électroradiologue Marcel Lapipe et le psychiatre Jacques Rondepierre, est l’un des premiers appareils français conçus pour pratiquer l’électroconvulsivothérapie, ou thérapie par électrochoc. Il se présente comme une valise métallique équipée de cadrans gradués permettant de régler avec précision l’intensité et la durée du courant délivré au patient par deux électrodes appliquées sur les tempes.
La méthode avait été inventée en 1938 par les psychiatres italiens Ugo Cerletti et Lucio Bini, qui avaient observé que provoquer une crise d’épilepsie par voie électrique pouvait avoir des effets bénéfiques sur certains troubles mentaux. Le sistonothère fut utilisé en psychiatrie contre les dépressions sévères jusqu’à la découverte des premiers antidépresseurs en 1957. Sans anesthésie, la crise convulsive était déclenchée sur un patient conscient. Une pratique qui apparaît aujourd’hui comme particulièrement brutale et qui a durablement entaché la réputation de l’électroconvulsivothérapie, encore pratiquée de nos jours mais dans des conditions radicalement différentes.
Cet objet est l’un des témoins matériels les plus puissants de ce que soigner a pu signifier dans un hôpital psychiatrique du XXe siècle. Une intervention radicale sur le cerveau, dans l’espoir d’en modifier le fonctionnement.


Photographies d’un sistonothère , Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.

Photographies de deux seringues de Janet , Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
La seringue de Janet
Soigner, c’est aussi administrer. La seringue de Janet est une grande seringue d’irrigation. Un instrument conçu non pas pour injecter des médicaments mais pour irriguer des cavités corporelles, plaies, voies urinaires, conduits auditifs. Sa présence dans un hôpital psychiatrique rappelle que le soin psychiatrique n’est pas uniquement un soin de l’esprit. C’est aussi un soin du corps dans sa dimension la plus quotidienne et la plus concrète.
Dans un contexte institutionnel où les patients vivaient de façon prolongée à l’intérieur de l’établissement, les soins corporels de base faisaient partie intégrante de la prise en charge. Les infections, les troubles somatiques, les pathologies liées aux conditions de vie en collectivité nécessitaient des interventions régulières. La seringue de Janet, par sa taille et sa capacité, témoigne d’une médecine de terrain, pratiquée au plus près du corps des patients internés.
Cet objet témoigne de quelque chose d’important sur la nature du soin psychiatrique. Il n’était pas seulement affaire de médicaments ou de thérapies. Il engageait des gestes quotidiens.
La presse à pilules ou étampe à cachets
Soigner c’est aussi préparer. Avant que l’industrie pharmaceutique ne standardise la production des médicaments, les hôpitaux psychiatriques fabriquaient eux-mêmes une partie de leurs remèdes. La presse à pilules, ou étampe à cachets, en est le témoignage le plus concret. Cet outil de pharmacie, constitué d’une structure en bois et de rainures métalliques finement striées, permettait de mouler et de couper des pilules en série à partir d’une pâte médicamenteuse préparée à la main par le pharmacien ou l’apothicaire de l’établissement.
Sa présence dans un hôpital psychiatrique dit beaucoup de l’autarcie de ces institutions. Comme ils produisaient leur propre nourriture et entretenaient leur propre domaine, les asiles préparaient souvent leurs propres médicaments. Chaque pilule fabriquée sur cet outil était le résultat d’un geste artisanal, maîtrisé, répété, bien loin de la pharmacopée industrielle qui s’imposera progressivement à partir des années 1950 avec l’essor des psychotropes et des laboratoires pharmaceutiques.
Cet objet marque une rupture importante dans l’histoire du soin psychiatrique. Avant lui, le traitement médicamenteux était une affaire locale, empirique, souvent variable d’un établissement à l’autre. Après lui, ou plutôt après ce qu’il représente, vient le temps de la standardisation, de la pilule identique pour tous, prescrite selon des protocoles nationaux. La presse à pilules est ainsi le témoin matériel d’une pharmacie hospitalière aujourd’hui disparue, à la croisée du soin et de l’artisanat.

Photographies d’une presse à pilules ou étampe à cachets Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
























































































































































































































































































































































































































