IV-Rééduquer le corps
La kinésie-physiothérapie, remettre le corps en mouvement

Photographie du vélo ergomètre et de son manchon, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
Le vélo ergomètre
Rééduquer le corps, c’est d’abord le remettre en mouvement. Le vélo ergomètre, vélo stationnaire équipé d’un manomètre et d’un guidon réglable, est un instrument de rééducation cardio-vasculaire et musculaire. Il permet de travailler l’endurance, de renforcer les membres inférieurs et de mesurer l’effort fourni par le patient à chaque séance. Le cadran intégré au guidon permet au kinésithérapeute de suivre en temps réel l’intensité de l’exercice et d’ajuster le programme de rééducation en conséquence.
Sa présence dans un hôpital psychiatrique témoigne d’une conviction qui s’impose progressivement au cours du XXe siècle. L’activité physique régulière a des effets bénéfiques sur l’état mental. Travailler le corps, c’est aussi stabiliser l’humeur, réduire l’anxiété, améliorer le sommeil. Le vélo ergomètre incarne cette double ambition. Rééduquer le physique tout en agissant sur le psychique qui est au cœur de la physiothérapie en psychiatrie.
Cet objet raconte quelque chose du patient auquel il est destiné. Un patient capable d’effort, de régularité, d’autonomie dans le geste. L’utiliser, c’est déjà participer activement à sa propre rééducation. Une posture radicalement différente de celle du patient passif, allongé sous un appareil, qui caractérisait les premières formes de soin psychiatrique.
L’appareil de pressothérapie
Rééduquer, c’est aussi agir sur la circulation. L’appareil de pressothérapie fonctionne par compression pneumatique séquentielle. Des manchons reliés à l’appareil par des tuyaux souples sont placés sur les membres du patient et se gonflent de façon alternée, imitant l’action naturelle des muscles sur les vaisseaux sanguins. Le cadran de pression, visible sur cet appareil, gradué en millibar, permet de régler l’intensité de la compression à chaque poste. Cet appareil comprend cinq postes permettant de traiter simultanément plusieurs patients.
En psychiatrie, la pressothérapie s’inscrit dans une approche globale du corps. Les patients souffrant de troubles mentaux sévères, souvent sédentaires et parfois sous médication lourde, présentaient fréquemment des troubles circulatoires. Que se soit des jambes lourdes, des œdèmes, ou bien des risques de phlébite. La pressothérapie permettait d’y remédier sans effort actif de la part du patient. Cela en faisait un outil particulièrement adapté aux personnes dont l’état limitait la participation à des exercices plus intenses.
Cet objet illustre une dimension souvent oubliée de la kinési-physiothérapie en hôpital psychiatrique. Le soin du corps ne se limitait pas à la rééducation motrice ou musculaire. Il englobait aussi la prévention des complications liées à l’immobilité et à l’internement prolongé, une réalité quotidienne pour de nombreux patients.


Photographies de l’appareil de pressothérapie et de son manchon, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.

Photographie de la table de kinésithérapie, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
La table de kinésithérapie
Rééduquer suppose un espace dédié et un mobilier adapté. La table de kinésithérapie est une table d’examen et de soin en skaï noir, articulée en plusieurs sections réglables. Elle représente un mobilier central dans les salles de kinésithérapie. Elle permet d’allonger le patient dans différentes positions selon le type de soin pratiqué. Les massages, la mobilisations passives, les étirements, ou bien l’électrothérapie. Sa conception modulable est pensée autant pour le confort du patient que pour la posture de travail du praticien.
En hôpital psychiatrique, cette table matérialise l’institutionnalisation de la kinésithérapie comme discipline à part entière. Son apparition dans les services témoigne d’une évolution importante. Le corps du patient n’est plus seulement l’objet d’une intervention médicale ponctuelle, il devient le terrain d’un suivi régulier, structuré, confié à un professionnel spécialisé. La kinésithérapie s’impose progressivement comme un élément indissociable de la prise en charge psychiatrique globale.
La table témoigne également du rapport entre le soignant et le patient. Un rapport de proximité physique, de contact, de confiance. Dans un contexte institutionnel où les relations pouvaient être marquées par la distance et l’asymétrie, la séance de kinésithérapie représentait parfois l’un des rares moments de relation individualisée et bienveillante dont bénéficiait le patient.
Les coussins de positionnement
Rééduquer, c’est prendre soin de la position du corps au repos. Les coussins de positionnement, fabriqués en mousse dense ou en matériaux déformables, permettent de maintenir le corps du patient dans une posture précise pendant la séance de soin. Placés sous un genou, sous la nuque, sous les chevilles ou dans le creux du dos, ils soulagent les zones de tension, protègent les articulations fragiles et permettent au kinésithérapeute de travailler avec précision sur les parties du corps concernées.
Leur usage est particulièrement important pour les patients présentant des contractures musculaires, des troubles de la tonicité ou des douleurs chroniques liées à une longue période d’immobilité. Dans un hôpital psychiatrique, ces situations étaient fréquentes. L’internement prolongé, la sédentarité imposée par les conditions de vie et les effets secondaires de certains traitements médicamenteux, notamment les neuroleptiques, pouvaient provoquer des raideurs et des tremblements. Cela fragilisait le corps des patients de façon durable.
Ces objets discrets, rarement mis en valeur, témoignent d’une attention portée au confort et à l’intégrité physique du patient qui n’allait pas de soi dans l’histoire de la psychiatrie asilaire.


Photographies de coussins de positionnement, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.

Photographie de l’espalier et de sa planche de rééducation, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
L’espalier et la planche de rééducation
Rééduquer, c’est réapprendre à se tenir, à s’appuyer, à monter. L’espalier, structure en bois composée de barreaux horizontaux fixés au mur, est l’un des équipements les plus anciens et les plus polyvalents de la kinésithérapie. Il sert à travailler l’équilibre, la coordination, la force des membres supérieurs et la souplesse du dos. La planche inclinable qui lui est associée, suspendue à différentes hauteurs selon le niveau de travail souhaité, permet des exercices de renforcement musculaire progressifs et adaptés à chaque patient.
Il témoigne de l’importance accordée à la rééducation fonctionnelle. C’est-à-dire à la restauration des capacités motrices nécessaires à la vie quotidienne. Pour des patients dont l’internement pouvait durer des années, la déconditionnement physique était une réalité, muscles affaiblis, posture altérée, difficultés d’équilibre. L’espalier offrait un outil simple, robuste et efficace pour travailler ces déficits de façon progressive.
Il incarne aussi une certaine idée de la rééducation. Une rééducation collective, visible, ancrée dans l’effort. Contrairement aux appareils électroniques ou pneumatiques qui agissent sur le corps de façon passive, l’espalier exige que le patient s’y engage activement. Le patient devient acteur de sa rééducation.
























































































































































































































































































































































































































