V-Vivre et créer dans l’hôpital psychiatrique
Travailler, produire, exister
Sculpture de l’atelier de chaudronnerie
Vivre à l’hôpital psychiatrique, c’est aussi créer. Dans les années 1970, les patients de l’établissement ont fabriqués cette sculpture dans l’atelier de chaudronnerie.
Les ateliers de travail occupaient une place centrale dans la vie des hôpitaux psychiatriques du XXesiècle. Menuiserie, serrurerie, chaudronnerie, reliure, jardinage, les patients y travaillaient dans le cadre de l’ergothérapie ou du travail thérapeutique. L’institution poursuivait une double intention. Le travail structurait le temps, rythmait la journée, occupait le corps et l’esprit. Il permettait aussi de développer ou de maintenir des compétences manuelles qui faciliteraient le retour à la vie ordinaire.
Cette sculpture illustre les volontés de réinsertion des patients par le travail. La volonté de l’institution de faire pratiquer les patients dans le cadre d’ateliers thérapeutiques. Soigner par le travail et les pratiques manuels se retrouve dans de nombreux milieux hospitalier. C’est le cas au Mans. Des années 1950 aux années 2010, l’Association-Vie-Sociale-et-Loisir, association rattachée à l’hôpital psychiatrique, faisait travailler les patients dans de nombreux ateliers de maçonnerie ou de chaudronnerie. Le tout dans l’objectif de réinsertion sociale. Le patient devient acteur de son propre soin au sein de l’institution. Cette dernière n’enferme plus, elle met le patient au centre du soin en le faisant travailler dans les ateliers d’ergothérapie ou de travail.


Photographies de la sculpture de l’atelier de chaudronnerie, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.


Photographies des foudres de l’ancien hôpital psychiatrique de Mayenne, Centre-Hospitalier-Nord-Mayenne.
Les foudres
Vivre à l’hôpital psychiatrique, c’est aussi produire pour l’institution. Ces foudres, grands tonneaux de bois cerclés de métal qui servent à conserver et à vieillir le vin ou le cidre, rappellent une dimension de la vie asilaire aujourd’hui largement oubliée. L’autosuffisance agricole et agro-alimentaire. L’asile cultivait ses terres, élevait ses animaux, entretenait sa vigne et son verger. Les foudres stockaient ce que le domaine produisait, pour nourrir et abreuver patients et personnel.
Les patients prenaient part à l’ensemble de ces travaux, vendanges, pressage, mise en tonneau, dans le cadre du travail thérapeutique. Cette pratique, héritée de la tradition asilaire du XIXe siècle, a suscité des critiques croissantes au cours du XXe siècle. Les réformateurs de la psychiatrie ont pointé son ambiguïté. Si le travail structurait la vie des patients et pouvait leur être bénéfique, il servait aussi les intérêts économiques de l’institution, qui disposait ainsi d’une main-d’œuvre gratuite.
Les foudres portent cette double charge. Ils évoquent une vie concrète, physique, saisonnière, des corps qui travaillaient la terre, transportaient des charges, s’activaient dehors sous le soleil ou la pluie. Mais ils rappellent aussi les contradictions d’une institution qui soignait et exploitait simultanément, qui donnait du sens par le travail tout en maintenant une dépendance totale à l’espace asilaire. Conserver ces tonneaux, c’est garder la mémoire de cette ambivalence.
























































































































































































































































































































































































































