
THÈME 1 : UNE BATAILLE DÉCISIVE
I. LES CAUSES DE LA GUERRE
Depuis la Révolution française et l’empire émergent en Europe des mouvements d’unification nationale. Dans ce contexte, Napoléon III veut redonner à la France toujours affaiblie par la défaite de 1815 une influence notable. Favorable au mouvement d’unification nationale, il soutient l’Italie contre l’Autriche en 1859, non sans inquiéter les autres puissances européennes.
Du côté prussien, le chancelier Otto Von Bismarck, s’oppose à la puissance autrichienne dans les tentatives d’unification allemande. La Prusse parvient, en 1866 à battre l’Autriche à Sadowa et fonde la “confédération d’Allemagne du Nord” qu’elle domine. Cependant la moitié Sud de l’Allemagne reste influencée par l’Autriche, ce qui déplaît fortement aux autorités prussiennes, Bismarck en tête. Favorable à l’unification allemande, Napoléon III demande malgré tout des compensations territoriales et convoite la rive gauche du Rhin, la Sarre et le Luxembourg, et même la Belgique. Des intentions qui effraient les États du Sud de l’Allemagne comme la Bavière, jusque-là francophiles. Bismarck, par habileté diplomatique, parvient à se placer comme défenseur des États Allemands, plus faibles face à la France.

En 1870 la succession au trône d’Espagne est proposée à un prince prussien : Léopold de Hohenzollern, cousin du roi de Prusse. Redoutant la présence de monarchies allemandes à l’Est et au Sud du pays, Napoléon III voit rouge. Le ton côté français est particulièrement belliqueux. La tension diminue lorsqu’est annoncée la renonciation de Léopold. Mais le gouvernement français se montre intransigeant : l’ambassadeur de France à Berlin insiste auprès de Guillaume Ier, roi de Prusse, pour obtenir un renoncement écrit. Le 13 juillet, ce dernier refuse et se plaint à Bismarck du comportement du diplomate par télégramme. Bismarck réécrit ce télégramme dans un sens dédaigneux envers la puissance française et le transmet à la presse. C’est la « dépêche d’Ems ». Le gouvernement s’estime offensé et l’opinion populaire s’embrase à Paris pour laver l’affront. Les crédits de guerre sont votés par le Corps législatif le 15 juillet 1870. Napoléon III déclare la guerre le 19 juillet 1870. Les États allemands du Sud rejoignent la Prusse pour défendre l’espace germanique.
II. LA RÉPUBLIQUE POURSUIT LA GUERRE
Gambetta, l’âme de la défense nationale

Léon Gambetta a 32 ans lorsque la guerre éclate. Il s’est fait connaître comme avocat en 1868, en s’opposant au régime impérial et en défendant un journaliste républicain. Il perd le procès mais devient le nouvel orateur de la gauche républicaine. En 1869, il est élu député de la Seine aux élections législative. Après la défaite de Sedan le 2 septembre, il participe à la proclamation de la République à l’Hôtel de Ville de Paris deux jours plus tard.
Le 7 octobre 1870, chargé par le gouvernement de la Défense nationale de diriger la guerre en province, Gambetta quitte Paris en ballon pour lever de nouvelles troupes. L’aérostat tombe en Picardie près de Montdidier. Il rejoint Amiens puis Rouen. Le 9 octobre, il arrive en gare du Mans, en toque de loutre, pelisse fourrée. La foule afflue sur la place et demande des armes. Gambetta prend la parole :
« Des armes, je vous en donnerai et avec de l’énergie et du patriotisme, nous sauverons la France ! »
Après une nuit passée à la préfecture, il gagne Tours. Là, il organise la défense avec une énergie débordante, comme ministre de la Guerre et de l’Intérieur.
Gambetta passe de nouveau dans la Sarthe un mois et demi plus tard : il visite le camp de Conlie et la défense du Mans les 22 et 23 novembre. S’adressant à son retour aux mobilisés, il définit la stratégie engagée :
« Vous êtes enfants d’une même mère, vous lui devez tout ; et vous défendez sur la Sarthe une position aussi précieuse pour l’avenir de la France que sur les rives de la Loire. Vous concourez enfin à ce glorieux mouvement de la France vers la capitale… »

Le prince Frédéric-Charles de Prusse, commandant l’armée prussienne sur la Loire

Né le 20 mars 1828, ce neveu du roi de Prusse Guillaume Ier, fait carrière dans la cavalerie prussienne, accédant aux plus hauts grades dans les années 1850. Pendant la guerre, il commande la 2e armée et remporte de nombreuses batailles comme à Forbach-Spicheren, le 6 août 1870, puis autour de Metz où s’est enfermée après le désastre de Sedan le reste de l’armée impériale commandée par le maréchal Bazaine. Il obtient la capitulation de Metz le 23 octobre. Dès lors, son armée est transportée par voie ferrée jusqu’aux abords d’Orléans pour empêcher le déploiement de l’armée de la Loire que Gambetta vient de créer. C’est son armée qui talonne la 2e armée de la Loire commandée par Chanzy depuis la prise d’Orléans le 9 décembre
En 1867, il publie un livre jugé en France comme une provocation, L’art de combattre l’Armée française. On y lit notamment un jugement qu’illustre en partie les combats de 1870 sur la Loire :
« Il n’existe chez les Français aucun ordre de bataille, aucune forme qui prévaille dans toute occasion. La manière de conduire les troupes au combat est laissée à l’initiative et au talent des généraux qui, de leur côté, se basent sur les connaissances des chefs subalternes et sur l’intelligence du soldat. « Le soldat français marche toujours en avant », telle est la tactique française dans toute sa simplicité. Peu importe la forme : elle diffère selon le but, le terrain, les manoeuvres, et surtout les fautes de l’ennemi. »
III. D’OÙ VENAIENT LES SOLDATS COMBATTANT AU MANS ?
Les unités allemandes

L’efficacité de l’armée allemande s’explique par la conscription réorganisée en 1861-1862 qui aboutit à une militarisation croissante de la population prussienne. Durant ce service, les jeunes hommes sont formés pendant 3 ans par des officiers puis passent dans la réserve pendant 4 ans, puis 10 ans dans l’armée territoriale durant lesquels ils peuvent être appelés au combat ou à la défense du territoire. Les soldats ont entre 20 et 35 ans et sont formés comme des professionnels pendant leurs années de service. Si une telle militarisation des jeunes est déployée, c’est pour soutenir l’avancée de l’unification allemande. Grâce à celle-ci, les Prussiens parviennent à conquérir l’Est de la France lors de batailles rangées comme à Sedan ou par le siège de grandes villes, comme Strasbourg, Metz et Paris. Néanmoins, ils commencèrent à se heurter à la résistance française dans une sorte de guérilla. L’armée allemande recourut à des incendies (comme à Sougé-le-Ganelon dans la Sarthe) pour dissuader les populations de résister et à des prises d’otages pour se protéger des attaques surprises des francs-tireurs. La fin de la guerre se conclut par la victoire allemande et la proclamation de l’Etat allemand unifié.
Les unités françaises

La 2ème Armée de la Loire, improvisée dans l’urgence, est composée des restes de la 1ère Armée de la Loire avec des régiments de lignes, d’anciennes unités de cavalerie déplacées d’Algérie.
À ces troupes professionnelles, s’ajoutent des gardes mobiles incorporés par tirage au sort d’une classe d’âge sans expérience militaire et des hommes mobilisés fin octobre, sans réelle formation ; enfin, des francs-tireurs, civils volontaires armés donc soldats sans uniformes. Lors de la bataille du Mans, c’est une armée en retraite. L’effectif maximum est de 200 000 hommes durant la bataille d’Orléans.
Cette armée organisée de façon très empirique, sous équipée, sous entrainée, combat une armée prussienne qui est tout le contraire. Le Mobile sarthois Denis Erard le souligne dans ses souvenirs :
« Nous nous rendions compte, par l’expérience chèrement acquise, qu’à la guerre la bonne volonté ne suffit pas ; il nous avait manqué la cohésion que donne l’instruction militaire. »
IV. LES CHEFS MILITAIRES SUR LE TERRAIN : CHANZY ET ALVENSLEBEN
Chanzy, figure de la résistance à l’invasion

Alfred Chanzy est né le 18 mars 1823 à Nouart dans les Ardennes. Issu d’une famille marquée par les guerres napoléoniennes (son père et son oncle ayant combattu sur les champs de bataille d’Europe), il s’engage à 16 ans dans la navale, mais se retire très vite pour rejoindre un régiment d’artillerie, puis réussit le concours d’entrée à Saint-Cyr. Jeune sous-lieutenant d’infanterie en 1843, il rejoint les zouaves et effectue la majorité de sa carrière dans la colonie d’Algérie, hormis une participation à la protection du Vatican entre 1861 et 1864. Général de brigade en 1868, il demande à combattre en métropole dès l’entrée en guerre, ce qui lui est refusé.
La république manquant de commandants expérimentés, le nomme général de division en octobre. Après la prise d’Orléans, Gambetta charge Chanzy de constituer la seconde armée de la Loire avec les 16e, 17e et 21e corps. Chanzy attaque d’abord les Prussiens à Marchenoir, le 7 et à Beaugency, le 10 décembre, puis se replie sur Vendôme, tout en continuant à harceler l’armée de Frédéric-Charles de Prusse : une « retraite infernale » selon le commandement prussien.
Dépêche adressée à Epuisay, par Chanzy aux généraux situés à Tours et Angers, le 16 décembre :
« Le prince Charles, qui a passé sur la rive droite (de la Loire), m’a attaqué hier à Vendôme. Je crois donc que les forces ennemies sont sur cette rive. Je me suis mis en retraite sur Le Mans, où je compte arriver le 19 ou le 20. Dirigez sur Le Mans tout ce qui est destiné à mon armée, hommes, détachements, matériel. »
Van Alvensleben, à l’origine de la victoire allemande
Constantin von Alvensleben est né en Allemagne en 1809. Entrée dans l’armée en 1827, il alterne les fonctions de commandement d’unité et d’état-major. Il participe à la guerre des duchés en 1864, la guerre austro-prussienne en 1866. Alors à la tête d’une brigade de la garde il se distingue personnellement à Sadowa. En 1870, il succède au prince Frédéric Charles au commandement du IIIème corps dans la 2ème armée et contribue à la victoire de Spicheren le 6 août et de Mars-la-Tour. Ses troupes arrivent dans le département de la Sarthe le 8 janvier et s’emparent d’Ardenay et de Parigné l’Évêque. En 1910, le lieutenant français Valère Alwrod, démontre que le vainqueur de la bataille du Mans est bien le général Constantin von Alvensleben. C’est lui qui prend les initiatives et engage l’offensive sur Auvours et au sud du Mans, alors que le prince Frédéric-Charles invite ses officiers à la prudence face à la combativité des soldats français. Lui-même disait qu’il avait appliqué le principe napoléonien :
« L’art d’attaquer tout ce que l’on rencontre afin de battre l’ennemi en détail en pendant qu’il se réunit. »
Alvensleben est honoré en 1892, peu de temps avant sa mort, lors de l’anniversaire de la bataille du Mans, de l’ordre de l’Aigle Noir.

Carte : Les combats des Armées de la Loire

V. LE CHAMP DE BATAILLE
Chanzy profite d’un répit à partir de mi-décembre pour réorganiser ses troupes qui comptaient environ 115 à 130 000 hommes. Les Prussiens (environ 80 à 90.000 hommes) arrivent en Sarthe début janvier 1871. L’affrontement commence les 9 et 10 janvier, à Parigné et Changé. Le 11 janvier, après avoir repris in extremis le plateau d’Auvours, près d’Yvré-l’Evêque, les Français doivent reculer quand les soldats prussiens réussissent à entrer au sud de la ville.

Les Français perdent 6200 hommes (tués et blessés) et 20.000 prisonniers sans compter les fuyards. Les pertes allemandes sont plus faibles (2100 à 3200 tués et blessés).
La défaite du Mans compromet l’espoir de dégager les Parisiens assiégés. Une victoire décisive aurait permis à l’armée française de se lancer enfin vers Paris. La défaite de l’armée du Nord à Saint-Quentin dans l’Aisne, le 19 janvier, confirme l’échec de cette stratégie. Dès lors, les partisans de la paix derrière Thiers l’emportent sur Gambetta et vont signer un armistice le 28 janvier 1871. Le Traité de Francfort signé le 10 mai 1871 met fin au conflit, consacrant la victoire de l’Allemagne par l’annexion des départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle.

Texte : Stéphane Tison et étudiant.es de Le Mans Université
























































































































































































































































































































































































































