
THÈME 2 : LES SOLDATS
I. LES VESTIGES D’UNE ARMÉE PROFESSIONNELLE
Après la défaite de Sedan et la reddition du reste de l’armée impériale à Metz, le gouvernement de la Défense nationale utilise les vestiges de l’armée professionnelle. Ces hommes représentent quelques exemples d’unités rassemblées : les marins, les zouaves pontificaux qui protégeaient avant la guerre le Vatican, les régiments d’active. Des cavaliers arabes furent même déplacés depuis la colonie d’Algérie.
Gougeard, un officier de marine commandant des fantassins

De nombreux généraux de l’armée impériale étant captifs, Gambetta nomme des officiers de marine au commandement des troupes. Gougeard, ami du ministre, en est l’exemple. Né en 1827 à Lorient, Auguste Gougeard entre à l’école navale en 1842 puis mène sa carrière en Afrique, dans la guerre de Crimée et en Extrême-Orient. Capitaine de frégate en 1866, il est nommé général de brigade en novembre 1870. Son nom est attaché à la charge d’Auvours qu’il mène le 11 janvier 1871. Républicain, surnommé « le chaloupier rouge », il aurait lancé à l’assaut les soldats catholiques, souvent monarchistes, avec ce cri de ralliement : « En avant ! Pour Dieu et pour la Patrie, le salut de l’armée l’exige ! ». Une phrase couramment utilisée après-guerre pour rappeler l’unité nationale. Il sera ministre de la Marine du 14 novembre 1881 au 29 janvier 1882 dans le ministère Gambetta. Il repose depuis 1886 à sa demande dans la crypte du monument d’Auvours près des soldats qu’il avait commandés.
Albert Bonvallet, sous-lieutenant de 24 ans des Zouaves pontificaux
Né à Montfaucon (Maine-et-Loire), il s’était engagé en 1865 dans le régiment des Zouaves pontificaux pour la défense des États du pape face aux révolutionnaires. Suite à la prise de Rome en 1870 par le royaume d’Italie, les zouaves pontificaux qui le souhaitent sont réunis pour défendre la France sous le nom de Légion des Volontaires de l’Ouest. Albert s’engage aussitôt et participe à la charge d’Auvours qu’il décrit dans une lettre à sa mère le 27 janvier :
« Sur les 3h nous voyons les pentes d’Auvours se couvrir de fuyards, mobiles et lignards, sans sac, sans fusil, sans képi dégringolant les flancs du coteau. […] Alors tous les officiers présents poussent le cri si connu chez nous En avant ! À la baïonnette, et nos Zouzous comme à la parade, font volte-face et continuent cette charge infernale qui doit durer jusqu’à la mort ! À 7h du soir nous étions maîtres du plateau, mais à quel prix ! »
Il est blessé et fait prisonnier le 12 avant de s’échapper le 25 et d’apprendre qu’il a été nommé lieutenant.

Édouard de Castelnau
Il est l’un des généraux de la Grande Guerre (1914-1918) et, à 19 ans, capitaine au 36e régiment de marche en 1870. Il assiste à la percée allemande le soir du 11 janvier, qu’il commente ainsi dans L’Echo régional de la Sarthe du 6 janvier 1921 :
« Le colonel Marty marchait sur la droite de la route avec deux bataillons du 36e. Il s’avança avec les plus grandes difficultés ; il fut ramené. Trois fois, les colonnes se portèrent en avant ; trois fois elles furent arrêtées par les mêmes difficultés. Je les arrêtai un peu avant la Tuilerie qu’elles ne purent enlever. Il était environ une heure du matin. »

II. LES MOBILES
Les mobiles appartenaient depuis la loi Niel de 1868 à la réserve qui peut être rappelée et formée en cas de guerre. Réunis après la déclaration de guerre, la rapidité de la défaite empêche de les instruire.
Henri de la Touanne, à la tête du 33ème Mobiles de la Sarthe
Rappelé le 4 août, il est nommé à 34 ans lieutenant-colonel le 28 août et commande le 33e régiment mobile d’infanterie de la Sarthe. Le régiment intègre plus de 3500 hommes et en perd 2300 au cours de cette campagne. Lui-même est blessé à la bataille de Loigny, le 2 décembre 1870.
Le 33e Mobiles reste d’abord en position défensive, puis participe au combat à partir d’octobre. Il participe à la victoire de Coulmiers le 9 novembre 1870, puis combat à Loigny.
Résumant son expérience, de la Touanne écrit :
« Nous arrivons maintenant à l’armée. Ce que nous avons vu, le milieu dans lequel nous avons vécu ne peut ressembler en rien à la magnifique armée que nous avions au début de la campagne. Mais si nous avons été attristés par bien des choses, notre orgueil patriotique se réveille plus fort que jamais devant ce qu’ont fait ces troupes formées du jour au lendemain, mal habillées, mal équipées et trop souvent mal nourries. »

Denis Érard, mobile de la Sarthe

Né le 6 novembre 1849 au Mans, Érard combat comme simple « Moblot » puis comme sous-officier à la 4e compagnie du 2e bataillon. Il termine la campagne avec le grade de sergent-major. Publiés en 1907, ses Souvenirs d’un mobile de la Sarthe, inspirés de son carnet de guerre, connaissent un grand succès. Il y raconte la violence des combats de Coulmiers, Villepion, Loigny, Villorceau, Le Mans, Saint-Jean-sur-Erve.
Changé, le 10 janvier au soir :
« Dans l’obscurité, la fusillade, accompagnée de lueurs subites, se continuait intense ; on devait tirer sans se voir de part et d’autre et les coups de fusil tirés sur la place à une distance si rapprochée étaient étourdissants. »
Son témoignage, très vivant, dit les horreurs de la guerre : les francs-tireurs mutilés par les Prussiens « les têtes […] fendues, les épaules, les bras mutilés, les mains avaient presque toutes les doigts coupés » ; l’exécution sommaire de camarades pour indiscipline par des officiers, tels les deux frères de Saint-Jean-sur-Erve qui, de passage dans leur village, avaient décidé de dormir chez leurs parents.
« De toutes les horreurs de la guerre, aucune ne nous parut plus douloureuse et plus cruelle que cette exécution » écrit Érard. Ces visions l’ont profondément marqué au point qu’il dit n’avoir jamais été confronté avant à un « tel degré d’horreur ».
Ernest Gay, lieutenant de la Mobile de Dordogne
Fils d’un négociant, il a 23 ans en 1870 lorsqu’il rejoint le 22e régiment de Mobiles de la Dordogne, constitué à Blois fin septembre.
« En quelques jours, on était devenu soldat, et l’on savait parfaitement se tirer d’affaire et suppléer les oublis de l’intendance. Les lapins qui abondaient tout autour de nous alimentaient la table. »
Il participe au côté des francs-tireurs de Cathelineau aux batailles de Coulmiers, Beaune-la-Rolande puis est engagé dans la défense de la Sarthe à Montmirail, Vibraye, Montfort, Fatines. Pour lui, la défaite est patente dès lors que Montfort est perdue, ouvrant la voie vers Le Mans, fermant celle de Paris. Le 12 janvier, il voit les marins protéger la retraite :
« Tout un corps d’armée battait en retraite et un bataillon restait là, impassible, pour le soutenir ! Cinq ou six cents marins protégeaient, couvraient vingt-cinq à trente mille hommes. »

Paul Pitard, mobile de l’Orne

Paul Pitard est, au début de la campagne, sergent-major de la 3ème Compagnie du 4e Bataillon de la garde mobile de l’Orne (49e régiment). L’armée manque de cadres : nommé adjudant, il commande une compagnie. Dans ses mémoires, il évoque les problèmes de commandement, la formation quasi inexistante de certains officiers et, dès lors, leur indécision. Cette garde mobile est en partie composée de jeunes gens issus de bonnes familles qui n’ont pas suivi de formation militaire pour la plupart. À de nombreuses reprises les soldats reçoivent l’ordre de se tenir prêts à avancer mais demeurent immobiles. Marches et contre-marches se succèdent pour ces hommes, mal formés, mal vêtus, mal nourris et mal armés. Ils sont pourtant engagés le 9 janvier à Courceboeufs, pendant la retraite, comme le raconte Pitard :
« Pendant ce temps, les troupes qui se trouvaient à la tête échangeaient des coups de feu avec l’ennemi, mais sans lui faire grand mal, attendu qu’il était bien embusqué. Comme il ne paraissait pas vouloir céder le terrain, l’ordre fut donné de l’aborder à la baïonnette. C’était le parti le plus sage, mais on ne sut pas s’y prendre, car l’attaque fut dirigée vers un seul point. […] La colonne s’élança au pas de course sur les Prussiens, qui l’accueillirent de telle sorte qu’elle s’arrêta bientôt indécise, puis plia et finalement recula en désordre sous la grêle de balles qui lui arriva. »
Source : Paul Pitard, Garde mobile de l’Orne 4e bataillon. Campagne 1870-1871, Mortagne-au-Perche, 1872, p. 78-79.
III. SOLDATS IMPROVISÉS : LES MOBILISÉS
Le gouvernement de la défense nationale mobilise tous les célibataires ou veufs sans enfants de 21 à 40 ans le 29 septembre et crée une garde nationale mobilisée dans chaque département le 11 octobre. Ces soldats mal armés, mal vêtus, ne reçoivent qu’une instruction militaire sommaire.
Victor Leguicheux, notaire, mobilisé de la Mayenne
Originaire de Sainte-Suzanne, il s’engage comme lieutenant dans les mobiles de la Mayenne. Sa compagnie est composée uniquement d’hommes de son canton et d’après son témoignage, “”de vieux officiers ayant oublié la vie militaire et peu désireux d’y rentrer, d’anciens sous-officiers ne connaissant autre chose que la théorie, grossier et maladroits, mais séduits par la perspective de l’épaulette”. Le bataillon subit des pertes importantes dont 50 varioleux, évacués dans les ambulances vers un hôpital. Cette maladie emporte un bon nombre de soldats en moins de 24h. Son bataillon ne combat pas au Mans mais participe à la bataille devant Alençon, à Fyé et La Hutte le 15 janvier 1871.

Paul Planche, mobilisé de la Sarthe

Né au Mans le 5 mars 1843 il habite près du pont Gambetta alors appelé pont Napoléon. Il ouvre une maison de commerce Rue Napoléon juste avant la guerre de 1870. Appelé le 24 octobre 1870 au sein du premier bataillon de garde mobilisé sarthois, appelé ironiquement « les vieux gars » par les gens du pays.
Dans son Journal d’un Mobilisé de la Sarthe à l’Armée de la Loire, il évoque les marches et contre-marches incohérentes vers Connerré, pour cette unité qui n’est pas engagée dans le combat :
« Nous étions fiers d’avoir été choisis pour une semblable mission. Hélas ! Il ne nous a pas été donné de pouvoir la remplir. »
Le déplacement de ces bataillons composés d’hommes sans entraînement, mal armés et sans uniforme réglementaire a cependant servi à gêner sa marche de l’armée prussienne vers Le Mans.
Le commandant F. Guilbaud, mobilisé d’Ille-et-Vilaine
« Nous ne partions peut-être pas tous avec enthousiasme, les fruits de la guerre sont amers, mais tous sans crainte et avec un sentiment solide, celui de faire son devoir. », écrit-il dans ses souvenirs publiés en 1881. Il rejoint le 1er bataillon de la 4e Légion des mobilisés d’Ille-et-Vilaine de Redon qui arrive au camp de Conlie le 23 novembre 1870. Les journées sont occupées par les corvées et quand le temps le permet, par l’entraînement, sans armes qui manquent dans ces régiments improvisés. Celles-ci ne leur seront données que la veille du départ vers Le Mans le 7 janvier : des fusils à piston et de plusieurs calibres en très mauvais état. 30% selon lui sont inutilisables.
Postés au sud du Mans, à la Tuilerie, près de l’actuel Tertre rouge, ils seront accusés de s’être débandés devant l’ennemi. En réalité le 11 janvier, à la nuit tombée, les coups de feu cessent. Les hommes se réfugient dans des tranchées pour la nuit, estimant que le combat ne reprendra que le lendemain. Les compagnies à droite :
« avaient battu en retraite, parce que les chasseurs à pied et les troupes de ligne, officiers en tête, qui seuls venaient de traverser leurs rangs, leur avaient dit en passant : « En retraite ! » et elles ne voyaient et ne pouvaient voir qu’eux et encore en passant et sans trop les reconnaître. »
Quand les Prussiens prennent la Tuilerie, plus personne, en réalité, de la défendait. La position ne sera pas reprise, malgré de nombreuses attaques… La ville est prise et l’ordre de retraite donné par Chanzy le 12 janvier au matin.

Émile de Kératry et l’Armée de Bretagne
Issu d’une vielle famille bretonne, Emile de Kératry a déjà une longue carrière militaire, politique et administrative en 1870. À 38 ans, il est nommé préfet de police de Paris par le gouvernement républicain qui fait confiance à ce député libéral du Finistère (élu en 1869) qui s’est opposé à l’autoritarisme de l’empire. Il propose d’ailleurs la suppression de la préfecture de police et le rattachement des services à divers ministères. Il démissionne le 11 octobre et est envoyé en mission pour obtenir l’aide de l’Espagne, sans succès. À son retour, fort de son expérience d’officier qui a combattu en Crimée et lors de l’expédition du Mexique, il plaide auprès de Gambetta la création d’une armée réunissant les soldats des départements bretons. Gambetta le nomme général par décret le 22 octobre. Kératry choisit d’établir un camp de 500 ha à Conlie pouvant accueillir 50.000 hommes. De fait, jusqu’à 60.000 mobilisés vont y séjourner entre novembre 1870 et janvier 1871. Comme tous les régiments de mobilisés, les Bretons manquent de tout : encadrement, formation, uniformes et surtout d’armes. Ils sont en revanche bien nourris. Mais les intempéries transforment rapidement le camp en une ville de boue (« kerfank »). La fièvre typhoïde et la variole se déclarent : 143 hommes vont décéder de la variole dans le camp.
Kératry supplie le ministère de la guerre de lui fournir des fusils qui n’arrivent pas. Gambetta se méfiait-il de cette armée issue de départements monarchistes ? Le sujet a fait débat au sein du gouvernement de la défense nationale. Mais la pénurie d’armes concerne tous les régiments créés dans l’improvisation à l’automne 1870 et les problèmes d’intendance ont accru cette défaillance dans un espace réunissant autant d’hommes. Le 27 novembre 1870, Émile de Kératry informe Gambetta qu’il démissionne de ses fonctions. La situation sanitaire s’aggravant, Gambetta finit par ordonner l’évacuation des bataillons non armés. Le camp de Conlie commence à être évacué mi-décembre. Parmi les mobilisés bretons réunis, 9 à 10.000 sont dépêchés sur Le Mans et participeront à la bataille du Mans. Certains postés au sud, avec des armes défaillantes, près du Tertre rouge, sont surpris par les Prussiens qui dès lors s’emparent de la ville. D’autres participent à la charge héroïque d’Auvours sous les ordres du général Gougeard. Deux dépêches annoncent ces faits, mais seule la première est diffusée dans le pays, laissant croire que la défaite est due aux Bretons. Cette mention a longtemps suscité en Bretagne une défiance envers Gambetta et la république. Kératry, malgré plusieurs candidatures, ne fut pas réélu. Il fut préfet de Haute-Garonne puis des Bouches du Rhône en 1871 et 1872, se déclarant « républicain conservateur » et s’opposant aux républicains radicaux et aux révolutionnaires.
IV. LES FRANC-TIREURS

De nombreuses compagnies de francs-tireurs de la Sarthe se sont créées à l’appel du préfet fin septembre 1870, à Mamers, La Ferté-Bernard, Marolles, etc. Chaque compagnie était composée d’une trentaine d’hommes. Au Mans, il y avait deux compagnies de francs-tireurs : celle des francs-tireurs Manceaux, dirigée par Houdayer et celle des Francs-Tireurs du Mans, dirigée par Demorieux. Leur tenue vestimentaire, parfois fantaisiste, variait en fonction des régions et des compagnies. Les francs-tireurs ne sont pas vus comme de vrais soldats par les Prussiens et risquent l’exécution sommaire s’ils sont pris.
Adrien Tironneau, le comte de Foudras

Né en 1833 à Parigné-l’Évêque, il est artisan boulanger à Pontlieue. Il fait partie des Éclaireurs de la Sarthe formés en octobre 1870. La compagnie qu’il commande comportait seulement 32 hommes à sa création. Ils furent principalement déployés dans Chartre et à Dreux souvent comme troupes d’éclaireurs en renfort de l’armée régulière et faire du repérage sur les lignes ennemies. Après la guerre, Tironneau est nommé conseiller municipal de la ville du Mans ; il est élu maire le 27 avril 1906. Son mandat va durer deux ans. Son nom fut donné au carrefour de Pontlieue, place où fut érigé le monument aux morts du département de 1873 à 1970.
Lorsque la guerre éclate, le comte Théodorit de Foudras, 44 ans, était à Bruxelles. Il demande à intégrer l’armée, mais sans réponse, propose ses services. Il se rend à Tours et reçoit le 22 septembre l’autorisation du gouvernement de créer le corps des « Francs-tireurs de Sarthe ». Ceux-ci combattent à Orléans le 9 décembre. Début janvier, Foudras reçoit l’ordre de soutenir la colonne mobile du général de Curten gardant le sud du département. Ses hommes harcèlent les Prussiens dans une guerre de guérilla entre Château-Renault et Vendôme, tout en volant au passage les habitants et en provoquant des rixes. Leur comportement incontrôlable entraîne la suspicion des habitants comme des autorités.
Dans le récit qu’il publie après la guerre (édition de 1886), il écrit :
« Le métier du soldat-partisan est des plus obscurs et des plus pénibles. Le plus souvent il ne lui est pas donné de combattre en plein soleil et de mourir sous les yeux de son général. Mais vous le verrez, lorsque le jour baisse et que personne ne le regarde affronter bravement la mort, tomber ignoré au coin du bois »

Henri, comte de Cathelineau
Petit-fils du chef vendéen, cet officier monarchiste et catholique de 57 ans propose ses services au gouvernement républicain après la défaite de Sedan. Le 22 septembre, il lance un appel aux Bretons, Vendéens. Le gouvernement reconnaît son initiative et le corps de volontaires combat à Orléans du 3 au 4 décembre et suit la retraite de la 2e armée de la Loire. Arrivé au Mans le 23, il découvre une ville alors en état de siège et en désordre : « la ville du Mans était encombrée, on ne savait où loger la troupe ». Le lendemain, sa troupe est envoyée dans l’est du département pour établir une défense face aux Prussiens qui arrivent depuis Paris. Il raconte :
« Nous étions en luttes continuelles et quelles luttes ! Mieux vaut cent fois celle contre l’ennemi. […] les hommes dont plusieurs étaient à moitié gelés, [mourraient] de froid et de faim. »
La neige aussi encombre les routes ralentissant la progression des troupes qui souffraient aussi du manque de vivres. Pendant la bataille, la troupe de Cathelineau combat à Fatines qui malgré une résistance acharnée et la perte des 2/3 de ses effectifs cède la place. Il se replie à l’ouest vers la Mayenne le 12 au matin.

V. L’ARMÉE PRUSIENNE

Le lieutenant von Garnier, au Tertre de Changé
Cet officier commande le 11 janvier une compagnie d’un régiment du Brandebourg sur le carrefour formé par le chemin aux bœufs et la route de Changé. Dans un ouvrage publié vers 1907, il raconte les violents assauts français qu’il repousse avec ses hommes.
« Les Français avaient l’avantage du nombre, mais les Brandebourgeois avaient une pratique du tir plus approfondie que la leur et surtout leur feu que rendait calme et sûr l’expérience de l’officier qui le dirigeait. Trois fois les Français attaquent à la baïonnette, trois fois, après un court assaut, repoussés avec des pertes considérables ; si bien qu’à la fin ils repassent rapidement le Chemin-aux-Bœufs et s’y tiennent en repos dans le sous-bois. »
Les Français apportent deux canons qui sont pris d’assaut par les Brandebourgeois. Une dernière charge française, la nuit tombée, ne permet pas de les reprendre.
Cette action vaut la croix de fer à von Garnier. Sa compagnie (110 hommes) a perdu 2 officiers, 2 sous-officiers, 30 hommes dont 20 percés de coups de baïonnette. 254 soldats français et allemands reposent ensemble dans une tombe du cimetière de Changé.
Boschen, un jeune soldat d’Oldenbourg
Employé de commerce, il sort à peine, à 20 ans, de son année de volontariat lorsqu’il est appelé dans les rangs du 91e régiment d’infanterie formé de recrues de la région d’Oldenbourg. Le 11 janvier 1871, le vice-sergent (Vizefeldwebel) Boschen arrive à Mulsanne.
Boschen fait part de ses conditions de vie difficiles :
« La nuit était glaciale, les étoiles brillaient ; il y avait 8 à 10 degrés au-dessous de zéro. […] Le froid m’avait fait terriblement souffrir d’autant plus que je m’étais débarrassé dans la journée d’un double gilet pour échapper à la vermine qui l’insultait. »
Néanmoins, les soldats du 91e régiment ne semblent pas manquer de vivres. La fatigue très présente est également un poids pour les soldats :
« J’étais si fatigué que je ne pris que juste ce qui m’était nécessaire pour me soutenir : un morceau de pain, du fromage et quelques verres de cidre. »
Le 12 janvier à midi, son régiment reçoit l’ordre de marcher vers Le Mans pour soutenir la première brigade en première ligne. Les Prussiens entrent au Mans en passant par Pontlieue, et le régiment de Boschen est le premier à atteindre la gare. Les combats sont très virulents place des Halles (place de la République). “Là, on tira sur les soldats allemands par les fenêtres et du haut des toits des hôtels et des cafés.” Le canon tire sur les façades du café Lecour où “la résistance finit par un corps à corps sanglant”. Il décrit encore :
« […] des rues étaient tellement encombrées de voitures enchevêtrées, de cadavres d’hommes et de chevaux qu’il était impossible de s’y frayer un passage. »
Après la bataille du Mans, Boschen, éclopé, les pieds écorchés dans des chaussons de feutre, est hébergé et soigné par un médecin au Mans. Il y reste deux jours, jusqu’au 15 janvier avant d’être appelé pour rejoindre son régiment à Conlie.

Texte : Stéphane Tison et étudiant.es de Le Mans Université
























































































































































































































































































































































































































