III – LE CORPS ET SES TRANSFORMATIONS
LE TAOUAGE, DE L’ART ANCIEN À LA TENDANCE MODERNE
La pratique du tatouage est attestée chez les peuples européens et extra-européens depuis le Néolithique avec, par exemple, l’homme des glaces Otzi. C’est au XIXe siècle qu’il se démocratise dans toutes les classes sociales, y compris chez certains dirigeants, avec une tendance plus forte chez les marins, où il avait une utilité d’identification du corps en cas de naufrage, les soldats ou les prisonniers.
Au XIXe siècle, des médecins et anthropologues ont perçu les tatouages comme des indices du caractère d’une personne et de sa dangerosité sociale, notamment suite aux travaux du médecin italien Cesare Lombroso. Cette interprétation s ’inscrit dans une tendance plus large associant l’apparence physique à la nature morale. En ce sens, le tatouage est interprété comme l’un des signes caractérisant le « type criminel ». Le tatouage était également perçu comme une affirmation de la liberté individuelle dans les institutions disciplinaires, où il était interdit.
Aujourd’hui, le tatouage conserve des connotations négatives, notamment comme signe d’appartenance à des organisations criminelles ou marginales, pouvant entraîner des exclusions sociales. Néanmoins, le tatouage a changé de perception pour devenir une tendance populaire, voire un véritable phénomène de mode.

Sources
Soubrier Stéphanie, « Tatouage », DicoPolHiS [en ligne], Le Mans Université, 2020.
Réalisé par Morganne Razat et Shana Gaulupeau.
LA PERCÉE DU PERCING

La pratique du piercing remonte au Néolithique, mais avec l’essor du christianisme, toute marque corporelle qui mutile le corps de l’homme fait à l’image de Dieu est prohibée, et la pratique disparaît en Occident. À la Renaissance, la boucle va être une parure indispensable dans l’aristocratie, devenant un symbole d’exotisme, avant que le sens symbolique de ces anneaux ne reprenne une valeur négative. Ainsi, le marin, le pirate, le gitan arborent un anneau d’oreille, signe de leur marginalité et de leur proximité avec l’Orient.
Cette marque identitaire et sociale prend une dimension exotique et pittoresque dans le théâtre des XVIIIe et XIXe siècles, mais demeure une marque discriminatoire. L’anneau est aussi au XIXe siècle un bijou intime et érotique (anneau de sein porté par les bourgeoises américaines) mais également un marqueur de richesse comme les bourgeoises qui portent des dormeuses, des pendants d’or et de pierres précieuses. Malgré tout, dans un siècle moral et colonisateur, les oreilles percées peuvent aussi désigner les femmes marginalisées.
Le piercing est ensuite réhabilité aux États-Unis par des groupes marginaux comme les punks qui à la fin des années 1970 arborent aux visage des trombones et des épingles de sûreté, entendant ainsi marquer l’asservissement et la violence que la société fait aux corps.
L’esthétique moderne du piercing se propage finalement à l’ensemble de la société par le biais de la haute couture, le body piercing devenant un effet de mode jusqu’à la fin des années 1980 où il se radicalise dans le cadre d’une exaltation générale du corps.
Sources
Chevalier Jacques, « Le Piercing dans l’art et l’histoire », Histoire des sciences médicales, vol. 46, n°3, 2012, p. 295-302.
Paquet Dominique, « Le triomphe du piercing », Universalis.fr [en ligne], 2020.
Réalisé par Pierre-Antoine Duckert.
CHIRURGIE, DE LA RÉPARATION À LA PERFECTION
L’apparence est un pilier central dans l’insertion sociale et, au sortir des deux guerres mondiales, les blessures des soldats l’affectent grandement. Il devient nécessaire de faire évoluer les techniques de chirurgie afin de rendre un visage plus naturel aux hommes qui ont combattu pendant la guerre ainsi qu’une dignité humaine.
La chirurgie réparatrice de l’époque se met au service de l’esthétisme, afin de permettre à tout un chacun de faire entrer son corps dans ces standards. Du travail des « sculpteurs de visages » à la recherche de perfection esthétique, l’évolution des techniques chirurgicales commence par la volonté des soldats de retrouver une apparence la plus naturelle possible.
À partir des années 1960, les premières pratiques médicales à vocation esthétique voient le jour avec les prothèses mammaires. De manière parallèle, la chirurgie se développe avec des techniques similaires mais aux vocations différentes. Par exemple, il est possible de soigner les blessé.e.s et de les accompagner dans leur appropriation corporelle.
Finalement, il s’agit d’offrir au patient.e l’apparence qu’il souhaite avoir, ou une apparence la plus proche des standards de beauté de la société.

Sources
Chance Gauthier, « Gueules cassées », DicoPolHiS [en ligne], Le Mans Université, 2021.
Jost Guy, « Histoire de la chirurgie plastique », Les cahiers de médiologie, 2003/1, 15, p. 79-88.
Réalisé par Nicolas Thieffry et Hugo Guillois.
























































































































































































































































































































































































































